Torremolinos 73

Film espagnol de Pablo Berger

Avec Javier Camara, Candela Pena, Juan Diego, Mads Mikkelsen

Sortie le 15-06-2005
4 nominations aux GOYA 2004
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h33

 
 
   

Porno Franco

On pourrait comparer ce film à l’hommage rendu par Tim Burton, en 1994, à Ed Wood, le douanier Rousseau du cinéma. Pour son premier long-métrage, Pablo Berger nous raconte la vie insolite d’Alfredo Lopez, cinéaste espagnol de la fin des années franquistes, qui avait acquis une certaine réputation dans le porno soft. Ayant peu à peu échoué dans la vente à domicile d’encyclopédies sur la Guerre civile, Alfredo s’était vu offrir par l‘éditeur la possibilité inattendue de réaliser des courts métrages érotiques en super-huit avec sa femme, Carmen, et lui, comme acteurs. On leur garantissait que les films ne seraient exploités qu’au Danemark, seul pays tolérant la pornographie à l’époque et que, donc, cette activité resterait ignorée du voisinage.

Le comique de la situation naît d’abord du couple lui même qui n’a vraiment rien de sex-symbols susceptibles d’enflammer l’imagination du spectateur. Ensuite, de l’initiation accélérée d’Alfredo à la technique de la prise de vues par un Danois - pseudo assistant de Bergman qui commence toutes ses phrases par : « Dans ce cas, Ingmar ferait ainsi… » - flanqué de sa femme, star du porno danois, qui enseigne l’orgasme simulé à la malheureuse Carmen. Alfredo Lopez retient les leçons, cultive sa cinéphilie et fait finalement fortune avec son producteur qui lui propose bientôt de passer au long-métrage en 35mm. Sans hésiter, Alfredo se jette à l’eau, écrit fébrilement un scénario à la fois inspiré par Sigmund Freud et Le Septième Sceau)( !) et tourne dans un hôtel désert de Torremolinos, en plein l’hiver, un film en noir et blanc qui évoque L’Année dernière à Marienbad mais s’intitule Heurs et Malheurs d’une Veuve très rigolote. Il sera exploité sous un autre titre : Torremolinos 73, que vient de reprendre Pablo Berger pour son propre film.

Contrairement aux apparences, il ne s’agit pas seulement d’une farce salace, mais du drame caché de ce couple qui, malgré ses multiples efforts (filmés ou pas), n’arrive pas à avoir d’enfant. Cet échec personnel fait évoluer le récit vers la compassion pour ces époux stériles qui verront, dans les derniers plans, leur espoir se réaliser au prix d’un sacrifice difficile. Nous sommes vraiment dans cet univers spécifique que secrète ce mélange de dérision et de cruauté propre à l’humour noir des grands cinéastes espagnols.