The World

Film chinois de Zhang Ke Jia

Avec Zhao Tao, Chen Taisheng, Jing Jue...

 
   

Par Raphaël Lefèvre


Durée: 2h13

 
 
   

La Chine, les femmes, les hommes, le monde...

Danseuse « exotique » dans un parc à thème de Pékin permettant de visiter les plus célèbres monuments du monde entier en miniature, Tao sort avec Taisheng. Agent de la sécurité dans ce même parc, celui-ci est attiré par une styliste qu'il fréquente en secret. Autour d’eux, divers personnages (des danseuses russes, un couple qui s’engueule, un cousin de province travaillant sur un chantier), et leurs tranches de vie. Entre énormité de certains signes et subtilité occasionnelle du traitement, The World, paralysé dans un lent et ennuyeux naturalisme, peine à trouver cohérence et force.

On voit à peu près ce dont veut nous entretenir Jia Zhang Ke. Mais au-delà des métaphores transparentes (le parc comme métonymie du monde, les trajectoires de la possessivité et de la jalousie dans différents types de couples) et malgré l’habileté occasionnelle d’une évocation pudique et complexe des enjeux embrassés (sociologie discrète de la Chine face à la mondialisation, espace ouvert à la liberté de la femme malgré des oppressions telles que le commerce international des corps, force de persuasion occasionnelle de la façon dont se dessine la réalité d’une relation amoureuse), son film peine à soutenir l’intérêt…

La faute à une narration un peu lâche et à l’absence de véritable regard sur ce qui est filmé. Par exemple, ces spectacles pseudo-spectaculaires, vaguement kitsch et vraiment lénifiants qu’on offre au visiteur venu se faire une idée sur les cultures du monde, pourquoi sont-ils filmés avec si peu d’intérêt, dans un entre-deux mal assumé entre fascination et distanciation ? Le problème de tels films qui semblent se retrancher derrière la réalité par souci d’objectivité, c’est de finir par noyer le refus de porter un jugement dans une absence de stimulation intellectuelle et émotionnelle, de transformer l’ambiguïté ou la complexité, toujours porteuses de questionnements, en simple flou. Or s’il est plus qu’honorable de vouloir laisser au public sa liberté de jugement, il n’est esthétiquement pas très porteur de le laisser patauger dans le flou et l’ennui.

C’est malheureusement ce qui guette le spectateur au détour de ces plans longs dont il ne se dégage que peu de tension, de pouvoir hypnotique ou de puissance évocatrice. La musique, molle, peu inspirée et monotone, ne fait rien pour l’aider. Et les quelques séquences animées qui émaillent le film, trop peu convaincantes, ne suffisent pas à le sortir de sa torpeur.